SETH (Black metal - France)

SETH

(Black metal, France)

Chroniques

Les Blessures de l'âme (1998)

Era Decay (2004)

Seth vs Cultus Sanguine (2000)

 


 

Seth - Les blessures de l'âmeSETH
"Les blessures de l’âme"
Black metal
Season of mist, 1998

 

Les blessures de l'âme est le premier album de Seth, et fait suite à l'excellent mini-cd By fire, power shall be en 1997 et à la demo Apocalyptic Desires en 1996 sortie chez Drakkar dont ça a été la deuxième production. Cet album, n'en déplaise à Seth, est à mon avis non seulement leur meilleur album, mais bien plus, c'est l'un, si ce n'est le meilleur de la scène black metal française, et l'un des meilleurs de la scène black des années 90 en général. Seth semble plutôt agacé par cet éloge de leur premier album, comme j’avais pu le constater lors d’une interview de Heimoth que j’ai réalisé en 2004 à la sortie de Era decay, et ce pour deux raisons.

La première, c'est qu'il s'agit en fait d'un premier album, donc d'un début et non d'un aboutissement, d'un premier jet à dépasser. Cet éloge serait donc décevant puisqu'un groupe est censé se bonifier avec le temps. Ce à quoi je répondrais en disant qu'avec cet album, Seth, entité alors constituée de Heimoth, Alsvid, Faucon Noir et Arkames, a atteint le summum dans un style particulier, dans un black metal qui allie mélodie, puissance et émotion, et qu'il a produit là l'un des meilleurs albums du style. Cela ne jette pas pour autant un dévolu sur le reste de leur carrière: simplement Seth a réalisé l'un des meilleurs albums dans ce style. Ayant atteint le sommet dans un style, plutôt que se répéter, Seth a su se renouveler, évoluer, proposer une musique plus technique et s'orienter vers autre chose tout en sortant du lot, ce qui est vraiment louable. Il n'empêche que c'est cette période là que je préfère et qui continuera de faire la popularité de Seth, surtout maintenant que le groupe a splitté. Seth ayant tout fait et dit, et si parfaitement, dans ce registre, peut-être qu'il lui fallait en effet passer à autre chose.

Le deuxième aspect dans cet éloge qui déplait à Seth, et à juste titre, c'est que bien souvent, dans le black metal, on accorde rétrospectivement le statut d'album culte au premier album pour dissocier "true" et "follower", et qu'il s'agit bien souvent de commentaires de gens qui n'étaient pas encore dans la scène et qui cherchent à être crédibles. C'est donc dans ce cas un jugement de peu de valeur, qui plus est illégitime... Me concernant, j'étais déjà là et j'ai bel et bien découvert cet album avec grand plaisir à sa sortie en 1998 (et par la même occasion comme beaucoup Seth), et j'ai su tout de suite discerner le bijou rare. Je confirme donc que cet album était excellent en son temps et j'affirme qu'il l'est toujours autant en 2010. Il est une pièce incontournable du style; à sa sortie l'album était déjà marquant et il reste encore aujourd'hui bien supérieur à tout ce qui se fait en black.

Les blessures de l'âme propose le meilleur du black metal : à la fois mélodique, torturé, rapide et puissant, avec quelques passages acoustiques très bien réalisés, (déjà bien présents sir By Fire, Power Shall Be) des percussions très efficaces, des mélodies excellentes accompagnées par le chant si excellent et typique de Vicomte Vampyre Arkames qui quittera le groupe après le second album. S’ajoutent quelques nappes de synthés discrètes mais de qualité ; pas surprenant puisque co-écrites avec Heimoth, elles sont réalisées par Arkdae de Dark Sanctuary. A l’époque, Arkdae n’en est qu’au début de Dark Sanctuary alors en duo pour le bien-nommé Funeral cry et a alors un passé solide dans le black metal avec son groupe Bekhira ou sa participation à Osculum Infame…

A situer l’album après coup, je dirais que cet album est le manifeste du black metal français. surement malgré lui. D’une part, Les blessures de l’âme est le premier album chanté en français, d’ailleurs les paroles sont plutôt compréhensibles à l’écoute et les textes vraiment de qualité. Aujourd’hui, il est certes banal pour ses nombreux groupes insipides de black metal émergent des quatre coins de France tous les jours de chanter en français, c’est souvent par facilité, ne maitrisant pas l’anglais et avec une absence de maitrise flagrante du français oscillant entre fautes d’orthographes des plus fantaisistes et non-sens des paroles ou des patronymes… A l’époque, la France ne faisait pas crédible dans le metal extrême, peu de formation arrivait à s’exporter (Loudblast pour le death). A tel point qu’un projet comem Daemonium a longtemps caché ses origines françaises, et que Blut Aus Nord a opté pour un patronyme allemand.

Ensuite Seth cristallise ce qu’on peut appeler le son black metal français tout comme on peut parler de black metal nordique ou de black metal grec. Ce qui fait qu’on parle d’une scène de tel pays ce n’est pas qu’il y ait un certain nombre de groupe, car aujourd’hui chaque pays occidental a des centaines de groupes "soupe" sans identité. Les années 90 sont riches de groupes français qui aujourd’hui ont acquis une certaine réputation internationale comme Kristallnacht/Funeral, Osculum Infame, Bekhira, Chemin de Haine et plus tard, avec ses productions à partir de 2000, Seigneur Voland qui résume et achève avec perfection ces différents projets français longtemps dans l’ombre avec un black puissant, mélodique et torturé. Seth, bien que moins raw et plus riche/élaboré que ces groupes, cristallise tout à fait ce style qui est un style qu’on peut définir comme français. Bien-sur, il y a Blut Aus Nord qui a déjà sorti plusieurs cd, en 1998 également incluant ses side-projets, mais le style de Vindsval, bien que de grande qualité diffère de ces groupes, et comme je l’ai dit ne chante pas en français.

Par ailleurs, à l’époque, Seth jouissait d’un certain crédit étant notamment en contact avec Darkthrone, Fenriz écrira d’ailleurs un texte pour un morceau de L'Excellence sorti en 2000. Le deuxième album, avec la même line-up, plus agressif, n’égalera pas Les Blessures de l’âme, bien que le groupe connaisse alors un certain succès.

Adnauseam


Seth - Era DecaySETH
"Era Decay"
Black metal original

Avantgarde Music, 2004

 

Depuis sa création en 1995, Seth, a beaucoup évolué. Les blessures de l'âme, en 1998, aura notamment marqué la scène black metal avec du black à la fois rapide et mélodique. Cependant, Seth est un groupe qui a le mérite de ne pas vouloir se répéter et cela se confirme une nouvelle fois avec Era Decay, qui confirme toutefois la direction prise avec Divine-x en 2002.

Une fois encore, des changements internes sont intervenus avec le départ de Nacht au chant, qui remplaçait Arkames. Le nouvel arrivant, Black Messiah (chanteur aussi dans Monarchia Daemonium), s'inscrit finalement dans la même lignée vocale que Nacht avec un chant black parfois à mi-chemin avec le death, plutôt qu'un retour vers le registre d'Arkames. Seth a également quitté Osmose pour le label culte italien Avantgarde Music (qui gère notamment leurs compatriotes de Dark Sanctuary ou encore les monégasques de Godkiller).

Musicalement, Era decay s'inscrit globalement dans la continuité de Divine-x. Ce nouvel album met toutefois l'accent sur des éléments qui étaient très discrets dans le précédent, notamment de la guitare lead au son claire et froid, ici très présente, qui crée ainsi une atmosphère générale froide. Cette atmosphère froide est également suscitée par la présence de programmations cyber industrielles judicieusement utilisées notamment dans une très bonne intro et dans un instrumental en milieu de l’album, mais aussi disséminées ça et là ou encore accouplées à cette fameuse guitare claire et froide qui se révèlent alors des plus efficaces, en plus de quelques sons de synthés froids et discrets par-ci par-là. Pour le reste, on retrouve les grandes lignes de base du précédent album à savoir un black metal avec une rythmique plutôt entre le black et le death, avec même quelques passages thrash/death, mais qui lorgnent judicieusement parfois vers un style black torturé et rapide ou vers des parties plus lentes avec des sons saccadés et des guitares stridentes. Les 42 minutes proposées sont donc loin d’être linéaires.

Si Divine-x m'avait, je dois l'avouer, plutôt déçu, ce Era decay se révèle beaucoup plus intéressant notamment par cette froideur ambiante qui traverse l'album et un côté bien moins linéaire. Seth persévère ainsi dans sa nouvelle orientation musicale et dans son imagerie plus moderne, mais cette fois-ci avec succès.

Adnauseam

 


 

Cultus Sanguine vs SethCULTUS SANGUINE vs SETH
Italie / France
Gothic doom experimental / black metal
Season of Mist, 2000

 

 

Ce split réunissant deux groupes de référence à la fin des années 1990 n’est pas un split comme les autres. Il est rare que des groupes de ce niveau, ayant des albums sortis et bien distribués fassent des split, car bien souvent les splits sont réservés à des groupes débutant qui rassemblent leurs efforts pour se faire connaître. Certes depuis le milieu des années 2000, il existe une pratique du split par des groupes underground de références comme Xasthur, Leviathan, Striborg ou encore Austere, qui se réunissent dans un cadre conceptuel. Ce split appartient en fait à la série des "war", lancée par le label Season of Mist.

Un split conceptuel

Leur principe est clairement inspiré par une pratique très courante dans la scène electro-indus, à savoir le remix entre groupes. A partir de là, Season of Mist a élaboré une formule de base : deux groupes du label sont réunis (Cultus Sanguine a sorti en 1999 The Sum of all fears et Seth Les blessures de l'âme en 1998), chacun propose des inédits, chacun reprend un morceau de l’autre, et chacun reprend un même groupe hors metal. On peut ainsi voir ces split comme des commandes, au même sens qu’autrefois les peintres recevaient des commandes, ce qui ne les empêchait pas d’être créatif, car toute commande est un défi pour un artiste. Reconnaissons que le principe de ces split est intéressant, même s'il a prendre la forme d’un aparté "fun" dans les discographie de groupes (ce qui n'est assurément pas le cas ici), promu comme une sorte de guerre amicale entre deux groupes (cf pochette du War I) pour être le meilleur et se dépasser. Si cela peut libérer la créativité…

Le premier split de cette série en 1998 a réuni Bloodthorn, à leur période inspirée juste après le premier album, et And Oceans, un groupe de black qui avait suscité à l’époque un certain intérêt qui ne m’a pas touché, chacun proposant une reprise différente de GGFH (groupe electro-indus-experimental sorti sur une division de Peaceville). Le deuxième split en 1999 a réuni Anata, un groupe de death qui n’a pu s’empêcher de reprendre du Morbid angel (pas très original…) et Bethzaida, un groupe particulier qui avait un flutiste et qui a repris du Carl Mickael Bellman, poète et compositeur suédois du 18ème siècle. Il semble qu’il n’y ait pas eu de suite à cette série.

Cultus Sanguine

Pour cette troisième édition, Cultus Sanguine propose là ces 4 derniers morceaux puisqu’on entendra plus parler du groupe par la suite… D’ailleurs, le groupe ne propose ici aucun inédit propre à Cultus Sanguine, ce qui est plutôt dommage. En guise d’inédits, Cultus Sanguine propose une version inédite et revue du morceau "My journey is long but my time is endless". Ce morceau est à l’origine paru sur leur premier ep éponyme sorti sur Wounded Love Records (division de Avantgarde music tenu par Roberto Mammarella membre de Cultus Sanguine jusqu’en 1997), et existe également dans une autre version "répétition" sur la demo de 1994. Des trois versions existantes, cette nouvelle version est la moins intéressante. Ce morceau est en fait pour moi le morceau ultime de Cultus Sanguine, il dégage une atmosphère très torturée. Cette nouvelle version porte la marque du nouveau style de Cultus Sanguine et n’apporte rien de mieux à ce morceau qui était tout simplement parfait tel qu’il a été figé en 1995. Cette nouvelle version permet bien plutôt de mettre à jour ce qu’a perdu Cultus Sanguine : le côté torturé, grinçant et maladif du début. Cela étant dit, il est agréable de voir que Cultus Sanguine reste attaché à ce morceau, malgré une grande évolution. Mais le Cultus Sanguine qui a sorti deux albums ensuite, n’en est pas moins un excellent groupe de la scène dark metal des années 90, qu’on a vite oublié, et qui toutefois ne ressemble à aucun autre groupe et a sa propre personnalité, avec cette voix lamentative, ces sonorités d’orgue et cette imagerie funéraire et nostalgique. Cette version prise en elle-même est agréable.

Le deuxième morceau est un remix du morceau "We have no mother", qui se trouve sur le premier album Shadow’s blood. A l’occasion de ce split, le groupe a tenté des expérimentations qu’on ne lui connaissait pas: la démarche est intéressante, avec la musique en fond, une déformation de la voix et des percussions au premier plan froides et saturées. Le rendu n’est pas le meilleur car à mon avis le morceau d’origine est loin d’être le meilleur du groupe.

S’ensuit la reprise de Seth, avec "L’hymne au Vampire" extraite de l’excellent (faut-il le rappeler ?) Les Blessures de l’Ame. On se rappelle que le morceau a pris la forme de deux actes sur l’album de Seth. Ici c’est une reprise de plus de 7m qui est proposée. Pour l’occasion, le morceau est chanté en anglais (dommage de ne pas l’avoir mis à la sauce italienne…). Le morceau rapide d’origine est évidemment plus lent, surtout pour le refrain qui prend des accents doom là ou il s’accélérait sur le morceau d’origine. La reprise est ainsi bien personnalisée avec les sonorités d’orgue propre à Cultus Sanguine et la voix gémissante. Le résultat est vraiment réussi.

La reprise de Depeche Mode, du très bon morceau "Behind the Wheel", n’est par contre pas vraiment une réussite… On retrouve un peu le même type de remix que sur "We have no mother" avec ces percus répétitives, froides, déformées et un peu tribales. Cette fois-ci le morceau d’origine ne passe pas en fond, mais est joué de façon minimale, appuyé par un synthé froid et un peu hypnotique rappelant l’interlude "le tombe", de la guitare acoustique et une voix lamentative. "Behind the wheel" version Cultus Sanguine est très froide, minimaliste, avec un rythme cassé. Le résultat est intéressant mais aurait pu être mieux, les programmations en fond ne collent pas trop à Cultus Sanguine je trouve.

Seth

La partie de Seth se révèle plus réussie et moins expérimentale. En guise de premier morceau, Seth propose un morceau plus rentre dedans que ce qu’on lui connaît alors avec "Corpus et Anima" qu’on retrouvera 2 ans après sur l’album L’excellence. S’ensuit un morceau qui restera par contre inédit et exclusif à ce split avec "Les sévices de la peste" qui se situe parfaitement dans l’esprit de Les Blessures de l’Ame: mélodique, rapide, torturé, avec un très bon arpège et quelques nappes de synthés efficaces.

Seth propose ensuite comme convenu une reprise de Cultus Sanguine avec le morceau "The calling illusion", qui est le morceau d’ouverture sur le premier album Shadow’s blood. L’exercice promettait d’être intéressant en faisant chacun de ces groupes se reprendre : un groupe gothic dark doom et un groupe de black rapide et mélodique. Le résultat est vraiment réussi. "The calling illusion" fait partie des meilleurs morceaux de Cultus Sanguine, et j’ai pourtant été conquis par cette interprétation, peut-être moins lugubre que l’original. "The calling illusion" est un morceau où on distingue plusieurs moments que Seth a su exploiter avec créativité et y appliquer son style avec classe en donnant une nouvelle forme à ce morceau tout en le laissant parfaitement reconaissable. On retrouve dans cette reprise des parties de black très rapide avec blast beat, d’autres plus lancinantes, avec pour l’occasion quelques vois gémissantes par Arkames, et en grande partie son chant black typique.

Enfin, le split se clôt par la reprise de Depeche Mode, du même morceau, "Behind the Wheel", et si la version par Cultus Sanguine était simplement intéressante et expérimentale, Seth ne part pas dans des expérimentations et propose une version très efficace. Là encore, on reconnaît bien le morceau d’origine, avec sa mélodie. La version de Seth est entrainante mais ne verse pas dans le black rapide mais reste mid-tempo, avec quelques bruitages en fond, et sans voix black, Arkames optant pour une voix plus parlée et caverneuse.

Depeche Mode et le metal

Depeche Mode est sans conteste un groupe fort éloigné du metal, mais ce groupe malgré son succès et sa reconnaissance par le grand public, possède des morceaux avec une ambiance plutôt mélancolique comme ce "Behind the Wheel". Les reprises de ce groupe "electro rock new wave" semble toutefois très bien s’adapter au metal. Lacuna Coil a proposé une reprise là aussi très metal du hit "Enjoy the silence" sur son album Karmacode en 2006, et le résultat est excellent (s’en est d’ailleurs le meilleur morceau…), les mélodies de Depeche Mode semblant parafaitement s’adapter au metal. Plus d’un groupe de dark metal s’est risqué à reprendre du Depeche Mode, l’impact du groupe sur les scènes indépendantes étant reconnu, Novembre est probablement le premier groupe metal à les avoir repris avec "Stripped" sur Arte Novecento en 1996. Il y a donc eu de belles versions metal de Depeche Mode. Les reprises sont bien plus fréquentes dans les scènes gothic et electro-dark, et concernant "Behind the wheel", je ne peux que conseiller l’excellente reprise qu’en a fait le groupe gothic Suspiria, qui m’avait d’ailleurs fait découvrir ce très bon morceau au passage…

La fin d'une période

Après ce split, Cultus Sanguine a stoppé ses activités, et Seth est parti sur Osmose. Peut-être ce split était-il pour chacun une façon de terminer leur contrat… il n’en reste pas moins que ce split contient des morceaux très intéressants qu’on ne retrouve sur aucun autre enregistrement. La partie de Seth est la plus intéressante et la moins expérimentale au niveau des sons, même si Seth après L’excellence empruntera une voie plus expérimentale.

Adnauseam


A lire:

Interview SETH (2004)

Blessed In Sin / Finis Gloria Dei (Black metal français - live report 2007)

chronique Bekhira (Black metal - France)

 


Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site