SHINING / HELLSAW / SKITLIV (16/12/2007 - Lausanne)

SHINING / HELLSAW / SKITLIV

Le Romandie, Lausanne (Suisse)

16/12/2007

par Adnauseam

 

Cette soirée est l'une de ces dates annoncées bien à l'avance, qu'on n'espère ne pas être annulée pour une quelconque raison, qu'on attend avec un certain enthousiasme. Il semblerait que ce passage ait été globalement attendu un peu partout pour enfin découvrir SHINING sur scène, le groupe de référence en black suicidaire, qui a embarqué pour l'occasion le nouveau groupe de Maniac (ex chanteur de MAYHEM alors depuis peu). Il s'agit en fait de la première vraie tournée de SHINING, tout du moins en France. Soirée cette fois-ci black metal au Romandie à Lausanne, une fois n'est pas coutume (Marduk y étant toutefois déjà passé au Romandie) avec Shining, entre une date la veille à Luynes (13) et une autre le lendemain à Lyon (qui se révélera être très chaotique, le concert ayant failli être annulé), la France étant donc bien honorée par cette tournée, leur label français Osmose y étant probablement pour beaucoup (malgré de nombreux "Fuck Osmose" la veille qui ne seront pas réitérés ce soir). Shining passera notamment à la fin du mois dans un intéressant festival en Autriche, le Rauchnacht, proposant une soirée black constituée des groupes de cette tournée et une autre le lendemain axée "dark" et neo-folk" avec Raison d'Etre, Sturmpercht et Rome en Autriche .

 

SKITLIV

Skitliv ouvre la soirée, sans effet d'annonce, 5 minutes avant l'horaire prévu et après quelques balances, ce qui témoigne d'un certain empressement du groupe. Le groupe arrive sur scène avec un look un peu déconcertant et intriguant, le frontman capuché et tatoué porte une veste rose et semble bien déjanté, une croix lumineuse sert de décors en fond, le bassiste porte également une croix avec le Christ; on ne sait trop à quoi s'attendre lors des premiers accords… La musique sonne un peu doom au début, doom traditionnel même, mais avec un côté noisy et une voix flirtant avec le black… Et progressivement, à observer, je comprends que le frontman croisé aux toilettes quelques minutes avant la prestation, avec son look de teuffeur n'est autre que Maniac, l'ancien chanteur de MAYHEM, comme l'indique les noms apposés sur sa guitare et sa sangle, et que le second guitariste n'est autre que le "ressuscité" Kvarforth (rappelons la mise en scène fictive et lamentable de son soit-disant suicide…) avec un style plutôt urbain et un masque de chirurgien.

Leur musique se révèle être un mélange de doom au sens traditionnel, sans le côté psychédélique qu'on trouve parfois, mais avec un côté bien noisy, et avec des accents black metal bien prononcés notamment pour le chant. L'une des compositions s'oriente vers du SHINING mélangé à du noise. La prestation se terminera de façon très rock n' roll décadent, Kvarforth voulant se la jouer à la Sonic Youth en malmenant les deux guitares, et en produisant des sonorités bruitistes en les frottant l'une contre l'autre. La prestation se révélera courte, à peine plus de 30mn, car SKITLIV, nouveau groupe de Maniac, ex-chanteur viré de Mayhem, qui semble bien déjanté, s'est embarqué sur la tournée avec Shining avec à son actif simplement un mini-cd limité et seulement mis en vente lors de la tournée… Skitliv est donc en pleine élaboration !

Il ressort de cette prestation étrange un certain potentiel. Certains moments annonçaient du bon, cependant on sent parfois du bâclé et du destroy malgré tout. Pourtant Maniac semble s'investir dans son nouveau projet, ayant même contacté les cultes CURRENT 93 (industriel dark folk) pour réaliser l'intro de ce mini-cd 2 titres… Les autres titres joués pendant cette tournée se retrouveront (évidemment c'est après celle-ci qu'on l'a su) étonnement sur un premier album live édité par le label industriel anglais Cold Spring. Maniac s'est évidemment pleinement mis en avant au cours de la courte prestation, affichant sa nouvelle coupe de cheveux, teinture blond décoloré, court et en pétard, puis exhibant vers la fin ses tatouages dans le dos où l'étoile juive, la croix gammée, le croissant musulman et la croix chrétienne cohabitent, ainsi que des slogans comme "Qui me délivreras de moi-même", paroles d'ailleurs de l'intro. Kvarfoth se contentera, pour cette première partie, d'être un simple compagnon de décadence se saoulant sur scène avec du Jack Daniel's et offrant des gorgées aux demoiselles de devant… Malgré tout, j'ai trouvé ce projet intéressant, mais il risque peut-être de se limiter créativement vue la décadence très prononcée de son géniteur. Cette prestation a évidemment laissé le public mitigé face à un célèbre protagoniste de la scène black metal, qui a su bien se renouveler et ne pas faire justement ce que l'on attendait de lui dans un projet qui signifie tout simplement "shit life" et qui se passe donc bien des clichés. Un petit clin d'œil probablement ironique à MAYHEM a eu lieu avec l'exécution d'un début du morceau "Deathcrush" non mené à terme et poursuivi de façon totalement noisy. Je dois avouer que ce nouveau projet de Maniac a redoré l'image que j'avais du personnage après avoir vu une prestation assez mitigée de MAYHEM en 2000. Vu l'état de Kvarforth en partant, on peut s'interroger sur la prestation à venir de SHINING...

http://www.myspace.com/skitliv777

Skitliv - Lausanne 2007

Photo par Cyril D.


HELLSAW

Hellsaw prend le relais dans un style complètement différent et propose du black metal tout ce qu'il y a de plus classique et stéréotypé, ce que le public très black metal ce soir appréciera. Avouons-le, la musique de HELLSAW est un black metal certes classique mais tout à fait honorable, mélodique, et assez efficace, mais niveau originalité ou prise de risque, ce n'est pas ça. Le groupe est arrivé sur scène en grande tenue black metal cliché, avec gros clous, maquillages, t-shirt black metal, etc. Aucune surprise à aucun niveau; disons que le groupe autrichien qui vient à peine de sortir son deuxième album "Phantom" peut paraître décalé entre deux groupes de ce genre qui cassent les clichés black metal. Et c'est assez ironique, car c'est certes une chance pour HELLSAW de se faire connaître en tournant avec des protagonistes si réputés de la scène black, mais étrangement de par son décalage, sa prévisibilité, HELLSAW a sû séduire le public, même les groupies c'est dire, et cela en étant complètement décalé des deux autres groupes à tous les niveaux car répondant au final aux attentes du public avec l'usage de références stéréotypées du black metal, ne désappointant ainsi pas le public, bien au contraire. Les différents échos que j'ai eu de cette tournée sur différentes dates, c'est un public majoritairement désappointé par SKITLIV et SHINING, qui a majoritairement aimé HELLSAW, qui a donc brillé malgré lui de par les repères qu'il fournissait à un public qui ne demandait pas grand-chose au final si ce n'est un concert de black metal. Certes HELLSAW a assuré et proposé un show de qualité, avec son black rapide, mélodique et un peu froid, mille fois entendu cependant et banal au demeurant, sans charisme (on n'est pas à Gorgoroth non plus!), notamment avec des mimiques agaçantes, comme des grimaces accentuées ou les mimes ridicules du chant black pour l'un des musiciens.Hellsaw - Lausanne 2007.jpg

Photo par Cyril D.


SHINING

Après de nombreuses balances à nouveau, les lumières s'éteignent et vient enfin le moment de la prestation de SHINING qui débute par des gémissements et des râles qui se font entendre pendant quelques minutes. Puis les musiciens montent sur scène, suivis de Kvarforth qui assurera du début à la fin un show totalement dément à lui tout seul, débordant d'anecdotes. Les autres musiciens (comprenant un membre avec un look un peu skinhead de ONKSKAPT, présenté comme tel par Kvarforth qui avait lancé le groupe sur son défunt label Svelmord Services) sont par-contre en retrait, se contentant simplement de jouer malgré quelques persécutions et taquineries de Kvarfoth qui n'entamera que bien peu leur sérieux.

Comment résumer cette prestation? Je sais que beaucoup ont été désappointé sur la plupart des dates, et même si je ne m'attendais pas à un show si déjanté je dois dire que finalement Kvarforth correspond bien à l'image qu'il donne dans les sessions photos; je pense aux photos où il en fait certes un peu trop, songeons à la pochette de Through years of oppression. C'est donc bien un Kvarforth sanguinolent qui a envahit la scène ce soir, s'aspergeant et aspergeant constamment la salle d'un peu tout (en laissant même des traces au plafond que les roadies auront bien du mal à nettoyer à la fin de la soirée…), d'abord d'un liquide collant et tachant ressemblant à du sang, mais aussi de Jack Daniel's, du vin, de l'eau, c'est un peu tout qui a été déversé dans la salle, même des mégots de cigarettes avec lesquels il se brûlait parfois le corps, pas de scarifications par-contre (sûrement attendues par certains, sic) mais un corps qui porte les marques de cicatrices passées. SHINING est bien loin de fournir un show mélancolique, dépressif, inhibant malgré qu'il soit l'instigateur du black suicidaire. Il s'agit plutôt d'un show hyper excité, autodestructeur et destructeur, avec une communication permanente avec le public, non pas pour le remercier, loin s'en faut, plutôt en voulant le persécuter, il mimera même frénétiquement l'étranglement d'une personne du public de devant avec sa ceinture, insultera le public avec ses "fuck" (pour le coup un peu lourd), et se touchera parfois les couilles tout en chantant. Les seuls moments non frénétiques seront lorsqu'il embrassera cette fille typée scandinave des premiers rangs à de nombreuses reprises, associant ainsi la souillure et la beauté, qu'il nous présentera comme la plus belle femme qu'il n'ait jamais vu. Le show ayant quand même des allures rock n'roll, bien que plus nihiliste, je me suis franchement posé la question s'il ne s'agissait pas d'une groupie, mais au final le pervers n'embrassait avec ses mains, son visage souillé et parfois son couteau que sa petite amie qui d'ailleurs semblait bien plutôt parler pendant le show puis céder à ses caprices…

Mais l'union qui lie Kvarforth et Maniac est loin de se limiter à SKITLIV puisque Maniac rejoindra Kvarforth sur scène déguisé en curé et armé de sa bouteille de vin, dont il nous aspergera bien. Les deux se rouleront ensuite des baisers bien baveux et sanglants, avant que Maniac ne prenne le micro sur le morceau "Nagonying av jävligt fel" de The Eerie Cold. Il y aura d'ailleurs une allusion à Mayhem très ironique en jouant les premières mesures d'un morceau de "De Mysteriis Satanas" stoppé dès les acclamattions du public.

Ce sont les deux derniers albums qui ont bien évidemment été privilégiés avec peut-être un côté plus aéré et plus "n' roll" mais les morceaux ont toujours sur scène leur côté étouffant avec ce son écrasant et lancinant accompagnés de la voix démente de Kvarforth qui rajoute d'ailleurs des effets vocaux bizarres, bestiaux, vicieux et tourmentés. Seront ainsi joués entre autres "Claws of perdition" et "Eradication of the condition" de The eerie cold et "Låt oss ta allt från varandra" de Hamstad. Bien évidemment "Svart ubdustriell olyka", probablement le meilleur titre de SHINING, sur le III (et qu'on retrouve en différentes versions sur leur deux compil de raretés) a été joué mais également pour ce même album "Submit to self destruction", dédicacé à la Scandinavie, probablement à son climat hivernal dominant et à son impact sur l'humeur (une personne stéréotypée du public s'est d'ailleurs enthousiasmée face au mot Scandinavie et Kvarforth l'a remballé), à la base l'un des plus vieux titres de SHINING datant du ep de 1998. Un titre du deuxième album Livets andhallplats avec "Annu Ett Steg Närmare Total", la meilleure de l'album à mon goût , a également été joué mais aucune du très obscure premier album.

La musique étouffante de SHINING, bien que plus aérée avec des passages un peu plus groove depuis deux albums, ne pouvait pas, cela est évident, donner lieu à un show classique de black metal. Elle ne pouvait pas non plus, cela est évident, prendre la forme de l'isolement, sinon la prestation s'annule d'elle-même. Cela étant dit, Kvarforth en fait certes peut-être un peu trop, avec son ami Maniac. Les deux semblent s'être bien trouvés et avoir développé une façon commune de décrire une "vie de merde", ce qui donne parfois à cette décadenceun côté un peu trop délire et au final rock n' roll. Mais nos deux comparses ont le mérite d'être authentiques et de se moquer des clichés; c'est d'ailleurs en brave teuffeur que Maniac, un temps adulé par les foules de metalleux dont il a fait le jeu, rejoindra anonymement son tour bus avec sa bande.

Adnauseam

Extrait de Shining avec Maniac:

Video par SkilU

 

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