STEPHEN O'MALLEY / ETERNELLE IDOLE (10/02/2011 - Genève)

 STEPHEN O'MALLEY

10/02/2010

Genève

Patinoire de Meyrin / L'Usine

Antigel

J’avais déjà pu voir Stephen O’Malley avec son groupe culte SUNN O))) lors de leur passage à Lausanne en octobre 2009 dans le cadre du festival Luff associant cinéma et musiques underground. Les deux piliers de Sunn O))) ont chacun des activités artistiques de leur côté qui semblent remplir la totalité de leur temps et dont les performances souvent collaboratives sont loin de se limiter à de simples concerts. Stephen a par exemple avec son autre groupe KTL proposé un cine concert au Louvre pour le film de Murnau L’Aurore (1927).

Revoici donc Stephen ce soir tout seul dans le cadre du festival Antigel qui associe musique et danse. Ce nouveau festival qui se déroule dans l’agglomération de Genève du 06 au 20 février propose un nouveau concept culturel qu’on ne peut qu’encourager favorisant la rencontre entre la danse et la musique underground, et au niveau local il se veut aussi une action culturelle impliquant les différentes communes genevoises par des spectacles répartis dans différents lieux de l’agglomération tout au long de cette quinzaine. On notera que la Suisse semble entretenir des actions culturelles de qualité.

 

Eternelle idole

Eternelle Idole - 10.02.11 Genève

Patinage et underground

Le festival Antigel proposera ce soir deux contributions de Stephen O’Malley : un concert solo à l’Usine et une autre contribution plus énigmatique en première partie de soirée avec la sonorisation d’un spectacle de danse à la patinoire de Meyrin, une première représentation a d’ailleurs été donnée la veille en ce même lieu. Au premier abord, le mariage danse et musique semble ne pas avoir trop mélangé les publics puisque ce spectacle de patinage semble avoir avant tout attiré les amateurs de patinage. On remarquera toutefois quelques probables représentant de musiques underground identifiables par quelques très rares t-shirt Sunn o))) et par un look moins sportif que les nombreuses patineuses présentes ou les adeptes de sorties familiales assez nombreux. Au final, la patinoire n’a donc pas fait salle comble… je pense que dans tous les cas personne ne savaient vraiment ce qui était au programme ce soir. Il est probable que de nombreux amateurs de Sunn O)) n’ont pas tenté cette expérience dans un autre cadre, qui fut toutefois bonne mais différente; un prix groupé pour les deux spectacles aurait peut-être incité le public du concert à venir massivement à cette première partie de soirée.

Trio

Eternelle idole, puisque c’est de cela dont il s’agit, implique trois artistes principaux: évidemment Stephen O'Malley pour la musique, Gisèle Vienne qui s’occupe du scenario et de la mise en scène et enfin la danseuse patineuse Aurore Ponomarenko. Celle-ci est en fait une ancienne patineuse de l’équipe de France mais aussi une actrice qu’on retrouve étonnement dans des rôles seconds à la télévision française dans plusieurs épisodes de la série "Une femme d’honneur", un autre univers que celui de Stephen O Malley donc. Ce n’est par contre pas la première fois que Gisèle Vienne et Stephen collaborent, d’ailleurs Stephen poursuit des sonorisations à travers l’Europe pour This is how you will disappear, une pièce de théâtre réalisée par Gisèle vienne.

Patinage dépressif

Des échos que j’ai eu par des bribes de discussions captées, certaines personnes ont été désappointées, probablement les amateurs de patinage car il s’agissait bien plus de théâtre sur glace que de patinage artistique avec acrobaties démonstratives. On pourrait peut-être parler de "patinage dépressif " puisque la bande sonore, comme on pouvait s’y attendre en connaissant Stephen O’Malley, était plutôt sombre et introspective et ne créait pas une atmosphère propre à l’exaltation et ne favorisait pas les élans du corps. La bande sonore proposait différents morceaux/phases qu’on pouvaient distingué au cours de ces 45 minutes dans un style assez éloigné de SUNN O))) en offrant une musique bien plus proche du dark ambient, faite plus à l’aide de machines que de guitares. Les premières minutes rappellent un peu la musique du film "Orange Mécanique", dans une version oppressante et très froide qui prend toute son importance dans cette patinoire où effectivement l’atmosphère était déjà glaciale vu la température, renforcée par de nombreux moments d’obscurité et de brume.

Le scénario

L’histoire baigne dans un folklore plutôt contemporain et fonctionne tel un conte moderne, et semblait traduire les états d’âme et interrogations sentimentales d’une jeune patineuse. D’ailleurs tout le long du spectacle, on verra un homme qui ne fera que marcher (joué par le comédien Jonathan Capdevielle qui fait apparemment aussi dans la chanson spectacle et les marionnettes, et qui a déjà travaillé avec Gisèle), que ce soit sur la glace, ou dans les allées, telle une ombre dans cette patinoire (écho au "Fantôme de l’Opéra" ?)… Je ne pourrais retracer toute l’histoire mais elle ne plonge assurément pas dans la métaphysique (même si la réalisatrice a fait des études de philosophie) ni dans une réflexion sur la condition humaine mais traduit l’histoire d’une jeune fille d’aujourd’hui sur le chemin vers l’âge adulte comme en témoigne l’irruption sur la glace de nombreuses jeunes écolières puis de jeunes patineurs qui nous ont servi quelques minutes d’un match de hockey sur glace avec une pom-pom girl, alors que la musique de Stephen devient très bruitiste, amplifiant chaotiquement les coups des joueurs fendant la glace. Il restera toutefois une énigme qui pour ma part a un peu gâché visuellement le spectacle alors que la musique et l’atmosphère redevenait très oppressante avec l’arrivée dans la brume… d’une soucoupe volante terrifiant notre héroïne s'évanouissant alors. Rêve, délire ou réalité, cela donnait un effet un peu Ed Wood !

SUNN O))) solo project

Stephen O'Malley - Genève 10.02.11

"Je suis sortie, ça m’a donné la nausée"

A ma sortie, j’ai pu entendre une spectatrice assez énervée pendant plusieurs minutes qui disait avoir trouvé cette musique insupportable et n’avoir jamais entendu quelque chose de semblable. A cette bribe de discussion devait faire écho en fin de soirée une discussion aux toilettes entre une fille et un gars donnant leurs impressions sur la soirée, qui, satisfait de Beak, exprimaient leurs réticences pour la musique de Stephen O’Malley en première partie : la demoiselle "je suis sortie, ça m’a donné la nausée" - le jeune homme : "oui c’est clair...". Pour ma part, je vois plutôt ces critiques comme une victoire : la musique de Stephen n’est pas consommable et ne peut être appréciée que d’un point de vue artistique, et ne fait pas l’objet de comparaison douteuse et de réductions à des étiquettes (d’ailleurs aucun représentant des musiques officiellement sombres dites gothiques ce soir); plutôt donc des réactions psychologiques faisant état d’une musique dérangeante et non d’un "chacun ses goûts".

30 minutes d'immersion

C’est à peine une heure après le spectacle de la patinoire, au cours de laquelle j’ai lutté pour me garer dans cette ville décidément constamment en travaux et auc rues méconnaissables, que Stephen O Malley sortit de l’ombre (on ne saura pas si la musique était enregistrée/programmée ou improvisée) pour finalement resté dans l’obscurité sur la scène de l’Usine (sur laquelle il est passé avec Sunn O))) il y a quelques années), seul mais devant un mur d’amplis, avec une lumière blafarde projetée depuis le bas, derrière ce fameux mur, avec de la brume et de la ventilation. Le concert va durer 30 minutes, ce qui est classique pour ce genre de groupe, comme ça a été le cas pour les performances auxquelles j’ai assisté de NADJA (post-doom ambient) ou MONARCH (extrême doom sludge) . Malgré l’aspect monotone (une seule pièce musicale évolutive), ce genre de performance faites de nombreux réglages et effets nécessite de la concentration que ce soit pour l’artiste ou le public… En effet aucune voix, aucune rythmique, Stephane est seul sur scène avec sa guitare, avec une tonne de pédales d’effets qu’il active. Le style pratiqué ressemble quand même assez clairement à celui de Sunn o))) surtout au début, mais en un peu moins riche forcément, très répétitif et monotone, fait de vibrations bruyantes et évolutives, peut-être improvisées autour d’un travail originel.

Stephen O ‘Malley a d’ailleurs sorties deux cassettes très limitées (et introuvables y compris sur le net) sous son propre nom avec Petite géante (350 copies) en 2009 et Cocon & Oiseau de nuit (250 copies) en 2010. Ces titres bien mystérieux sont en français comme dans pas mal de projets de Stephen (Grave Temple, etc), ce qui n’est pas étonnant puisque Stephen, originaire de New York, vit désormais surtout en France depuis plusieurs années, même s’il ne parle pas spécialement le français?!? Il reste que ce genre de concert est avant tout une expérience, et non la simple exécution de morceaux connus du public ou à promouvoir.

Le concert s'achève ainsi au bout de 30 minutes, et laisse l’impression au final de se stopper au moment où on est vraiment plongé dedans car sur la fin la musique était vraiment très appréciable, noise mais pas chaotique, plus harmonieuse dans le bruit que les premières minutes, et laissant une satisfaction évidente partagée par le public resté présent tout au long de la performance…

Beak : retour à la normale

L’essentiel du public était surtout venu pour Beak, qui est le nouveau groupe d’un membre de Portished, célèbre groupe de trip-hop mélancolique, qui a rameuté là un public visiblement de connaisseurs, très fans et concentrés… Passez de l’un de l’un à l’autre donne l’impression d’être passé de deux univers différents car Beak est avant tout un groupe de rock, avec mélodies, couplets-refrains, et proposant des chansons tout simplement… Mais il y a chez eux toutefois une démarche expérimentale, pas forcément novatrice dans le sens où leur musique peut évoquer certaines choses des années 80. On ne ressent pas du tout d’influences de Portished ou du trip-hop, mais plutôt une touche d'un rock froid et électronique sur certains morceaux… Les débuts du concert n’ont pas retenu mon attention avec l’impression que le spectacle était fini en me retrouvant dans quelque chose de plus banal, et alors de pas très novateur,  mais il faut reconnaître qu’au niveau du rock, le groupe fait dans les expérimentations et s’adresse à un public rock underground.

L’amateur de musiques sombres que je suis ne pouvait rater ces performances de Stephen O Malley qui ouvre incontestablement de nouvelles portes à la musique sombre et brouille les frontières, ce qui est tout à son honneur. On ne peut qu'encourager ces collaborations avec différents milieux culturels de différents horizons qui ne peuvent qu'enrichir la culture et relever le niveau du domaine culturel contemporain.

Adnauseam

 

Pour en savoir plus:

Stephane O’Malley : www.ideologic.org

Gisèle Vienne : Interview

La patineuse de Eternelle Idole : www.auroreponomarenko.com

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